Federica Cipriani a rejoint notre équipe d’acousticiens en mai 2020. Son arrivée marque la création de notre bureau d’étude acoustique à Paris (Saint-Ouen). Riche d’un parcours multiculturel, Federica partage son regard pluriel sur notre métier, son approche des projets et sa vision sur le développement de nos activités en Ile-de-France.

Bonjour Federica, comment es-tu devenue acousticienne ? Quel est ton parcours ?

Je suis italienne et j’ai suivi toutes mes études en Italie. J’ai obtenu mon diplôme d’Ingénieur Environnemental à l’École Polytechnique de Turin. Je suis titulaire d’une thèse sur la recherche des relations entre les sons émis par les coups de toux et la pathologie dont la toux est le symptôme (bien avant la Covid-19).

J’ai commencé à travailler dans le domaine de l’acoustique au Royaume-Uni en 2001 (Huddersfield, West Yorkshire) pour un bureau d’étude en architecture du paysage et de l’environnement. Je m’occupais principalement d’acoustique environnementale. Je réalisais alors des études d’impact d’infrastructures routières mais aussi de zones artisanales et industrielles. J’intervenais également pour définir l’état sonore de site avant la construction de bâtiments résidentiels ; ces études permettent de définir les exigences d’isolement acoustique des façades.

C’est en Angleterre que j’ai fait mes premiers pas dans l’acoustique du bâtiment, avec des mesures acoustiques et vibratoires dans le cadre de la rénovation de logements.

De retour en Italie en 2004, j’ai travaillé quelque temps en tant que consultante environnementale, dans le cadre de la certification environnementale des communes où devaient se dérouler les Jeux olympiques d’hiver de Turin en 2006. L’aspect acoustique était alors marginal.

En 2005, j’ai intégré un bureau d’études environnemental de la région de Milan, pour lequel je m’occupais de l’acoustique environnementale dans le cadre d’études d’impact de commerces et de grandes zones industrielles  mais aussi de l’acoustique du bâtiment.

J’ai parfait ma formation sur le terrain, tant dans la phase d’étude en préconisant des solutions acoustiques que dans la phase de travaux en conseillant et sensibilisant les entreprises et en réalisant des mesures acoustiques de fin de travaux.

Cette expérience a été l’occasion de me former à l’utilisation des logiciels de calculs acoustiques mais aussi aux appareils et aux méthodes de mesure.

Puis tu as rejoint un bureau d’étude acoustique à Paris ?

Oui, je suis arrivée à Paris en 2011 suite à la décision de vivre une nouvelle expérience familiale à l’étranger. J’ai intégré un bureau d’étude acoustique à Paris, au sein duquel j’ai travaillé comme ingénieure acousticienne pendant 6 ans, essentiellement dans l’acoustique architecturale. Cela m’a permis de m’acclimater au panorama des normes et réglementations françaises. Mais aussi avec les méthodes de construction qui sont très différentes des méthodes pratiquées en Italie.

Comment s’exprime ces différences d’un pays à un autre ?

En France on construit beaucoup de bâtiments en béton avec des murs intérieurs en béton ou en plaques de plâtre. Plus récemment, on a commencé à construire des bâtiments à ossature bois, surtout dans l’enseignement et le logement. En Italie l’utilisation des plaques de plâtre n’est réservée qu’aux établissements scolaires et hôteliers, tandis que les habitations sont construites essentiellement en briques.

Au niveau réglementaire, il y a beaucoup plus de similarités entre la France et l’Italie, en particulier pour ce qui concerne les normes à respecter dans le cadre de la protection du voisinage.

Les objectifs acoustiques à respecter dans les bâtiments sont assez similaires, mais en Italie il existe des obligations concernant les performances acoustiques des bâtiments de bureaux qui n’existent pas en France. En France, pour les bureaux, il y a des normes volontaristes ou des référentiels environnementaux mais pas une réglementation acoustique au sens strict.

Nos voisins anglais réservent-il un meilleur traitement à l’étude acoustique ?

En ce qui concerne l’Angleterre, j’ai surtout remarqué des différences au niveau de la méthodologie de mesure. Au Royaume-Uni par exemple, il est admis d’effectuer des mesures de bruit résiduel à l’extérieur en cas de pluie, tandis qu’en France cela est interdit d’un point de vue règlementaire. J’imagine que les normes ont dû s’adapter aux conditions climatiques des lieux 🙂

Les durées minimales des mesures sont également différentes dans le cadre des études de bruit routier et des études d’impact acoustique. En Italie et au Royaume-Uni, des mesures de bruit auxquels seront exposées les façades d’un bâtiment d’habitation sont systématiques. Tandis qu’en France on se contente d’une étude réglementaire basée sur la classification sonore des infrastructures de transport.

Depuis mai 2020 tu es responsable de notre bureau d’étude acoustique à Paris, dans les locaux d’Artelia à Saint-Ouen. En quoi consiste ton travail ?

Aujourd’hui mon travail consiste essentiellement à la réalisation d’études en acoustique du bâtiment dans le cadre de la construction de logements collectifs, d’établissements scolaires, de bâtiments tertiaires. Nous intervenons aussi bien sur des projets de construction que de réhabilitation. Pour chacun de ses projets nous étudions le confort intérieur et la protection du voisinage.

Par ailleurs, nous réalisons également des études en acoustique environnementale au travers d’études d’impact sonore et de préconisations pour la mise en conformité d’installations ou d’infrastructures (sites industriels, infrastructures de transports).

Comment s’articule ton travail avec les équipes d’Artelia et avec l’équipe support de Gantha ?

Je réponds à des consultations publiques et privées parfois avec d’autres équipes d’ARTELIA. J’ai un rapport privilégié avec de nombreuses équipes d’ARTELIA présentes sur les sites parisiens tout en conservant l’indépendance et la flexibilité d’un bureau d’étude acoustique classique.

Et bien que l’agence parisienne de GANTHA soit jeune et que je sois seule pour le moment, j’ai le support technique et logistique de l’équipe de Poitiers. Je profite de son expertise décennale et de son parc matériel.

Quels sont les projets de développement pour l’agence parisienne ?

À moyen terme, il est prévu d’agrandir l’agence de Saint-Ouen, de recruter du personnel et de se doter de matériel pour répondre de manière rapide et exhaustive à une demande croissante, même dans le contexte délicat que nous traversons en ce moment.

Gantha était déjà bien présent sur la région parisienne avant l’ouverture de l’agence de Saint-Ouen, comme en témoignent les projets en cours en Île-de-France et les relations et partenariats avec différents cabinets d’architectes parisiens.

Aujourd’hui, mon rôle est de fidéliser ces relations avec nos partenaires architectes et de construire de nouvelles relations professionnelles afin de consolider la présence de Gantha. Je cherche aussi à renforcer le lien avec les autres équipes d’Artelia, pour créer une synergie efficace dans le cadre du développement de nos projets.

Notre entretien touche à sa fin. Selon toi, quelles sont les qualités requises pour devenir acousticien ?

Le travail d’acousticien doit être méticuleux et nécessite une vision globale du projet, car il est transversal aux autres disciplines qui interviennent dans le bâtiment et les touche un peu toutes. Le bruit peut se transmettre via plusieurs parcours. Il faut savoir prévenir et anticiper.

Cela s’avère particulièrement compliqué dans le cadre des rénovations, car même après un diagnostic complet d’un bâtiment existant, il peut être difficile d’appréhender toutes les voies de propagation du bruit. Il faut alors faire appel à sa propre expérience et procéder par essais successifs.

Quelles évolutions souhaites-tu pour l’acoustique ?

L’acoustique dans les bâtiments ne doit pas être perçue comme un simple confort ou comme un luxe, mais au contraire comme un élément indispensable pour la santé des personnes, tant dans leur vie privée (dans leur habitation) que dans l’espace public (au travail, à l’école, dans les lieux de loisir et les services publics).

Dans ce sens, une bonne qualité acoustique est un besoin et un droit de tous les citoyens de tous âges et de toutes catégories sociales.